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Quelle éducation pour demain ?

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

"N'élevons pas nos enfants pour le monde d'aujourd'hui. Ce monde n'existera plus lorsqu'ils seront grands. Et rien ne nous permet de savoir quel monde sera le leur. Alors apprenons-leur à s'adapter."

Maria Montessori




Alors que nous sommes nombreux à questionner les modèles éducatifs apparus au XXème siècle (Montessori & co), il est intéressant de pouvoir y porter un nouveau regard, nous en inspirer, pour en tirer ce qui pourrait servir au monde actuel et futur. Comme on dit "il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain". De la même manière qu'un enfant affirme son indépendance tout en s'imprégnant des attitudes de ses parents (ce paradoxe qui déboussole beaucoup de parents), nous pouvons prendre le meilleur de ces pédagogies, laisser ce qui ne nous convient pas, et surtout, rester résolument tournés vers l'avenir.


Ainsi, du temps de Maria Montessori, de nombreux pédagogues, suivant les idées de Rousseau et de Pestalozzi, parlaient et écrivaient au sujet de l'éducation "nouvelle", une éducation qui permette l'éveil du potentiel de chaque enfant, en sachant "voir" ses prédispositions et créer un environnement qui lui permette de les développer. C'est au sujet de cet environnement qu'ils se rencontraient et débattaient. Certains le voulaient plus libre, d'autres plus cadré, certains laissaient l'enfant dans sa pulsion de vie, d'autres voulaient la canaliser. Ces hommes et femmes créèrent en 1921 la ligue internationale de l’éducation nouvelle, puis le mouvement de l’école moderne en 1947. John Dewey en faisait partie, comme Célestin Freinet, Alexander Neil, Janusz Korczak, et bien sûr la fameuse Doctoresse Maria Montessori.


Si ces noms ne vous sont pas connus, voici certaines de leurs citations qui inspirent mon travail (découvrez aussi les capsules vidéos de Philippe Meirieu :  L’éducation en questions) :


 " Voyons l’enfant tel qu’il est, tel qu’il aspire à être ; écoutons battre son cœur, palpiter

ses désirs, et plaçons-le dans une atmosphère capable de sustenter et de faire pousser son petit organisme physique et moral. Éduquer ? Certainement. Mais vivre d’abord. "

John Dewey


" C'est cette distinction entre la liberté et l'anarchie que beaucoup de parents ne saisissent pas. Dans le foyer discipliné, les enfants n'ont aucun droit. Dans le foyer désordonné ils les ont tous. Le foyer équilibré est celui où les enfants et les adultes ont des droits égaux. C'est la même chose en ce qui concerne l'école."

Alexander S. Neill


"L'enfant a droit à l'erreur, c'est par ses tâtonnements et ses expériences qu'il construit sa compréhension du monde."

Célestin Freinet


" Vous dites : " C'est épuisant de s'occuper des enfants." Vous avez raison. Vous ajoutez

: " Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. " Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligéde nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser. "

Janus Korczak


Vous pouvez vous demander ce que signifie de se mettre sur la pointe des pieds. Pour moi, c'est s’assurer qu’on est bien présent avec l’enfant ici et maintenant, dans le monde réel fait d’humains imparfaits, et non dans un monde imaginaire fait de normes, de méthodes, de règles, d'objectifs pédagogiques. Non pas qu'ils sont inutiles, mais qu'on doit pouvoir s'en dégager pour être vraiment avec l'enfant, afin de mieux les rejoindre. Depuis que je pratique cette approche de l’éducation, que je m’entraîne à être en présence avec un enfant, je réalise toutes les croyances et pensées qui peuvent me couper d’un lien sincère et humain, où je peux parler et écouter de cœur à cœur.


Se mettre sur la pointe de pied, faire preuve de délicatesse, être pleinement à l’écoute, ce sont pour moi les préceptes d’une éducation vraiment bienveillante, de même que l’art de la reformulation, le non-jugement. Lorsque j’observe qu’un enfant fait un acte qui mérite mon intervention, la première chose que je lui dit en arrivant est : « je ne vais pas te gronder ou te punir, j’ai juste envie de comprendre ce qu’il s’est passé, veux-tu me raconter ? ». L’enfant est tellement habitué à recevoir d’office un jugement sévère sur sa conduite qu’il est apeuré en me voyant débarquer, et j’utilise ces mots pour le tranquilliser, dénouer le nœuds de la situation et de ses émotions, même s’ils peuvent encore se méfier.


Pour connecter avec l’essence de l’enfant, je dois travailler sur moi, rester attentif à cette voix qui me dit « j’ai raison / les autres ont torts », « je sais ce qui est bien et mal », « je ne veux pas souffrir, c’est inutile / si je souffre c’est la faute de l’autre ». Lorsque je rejette ce qui est désagréable, je fais preuve d’aversion, un des poisons du Bouddhisme. Si les attitudes d’un enfant me font réagir, je dois me souvenir qu’il y a forcément une bonne raison. L’enfant a toujours une bonne raison d’agir comme il le fait, sinon il ne le ferait pas, et mon travail est de l’aider à réaliser que sa stratégie ne va pas forcément l’aider à atteindre son but. Si je m’énerve, en réaction à lui, je vais sûrement accentuer sa croyance que sa stratégie est bonne, c'est pourquoi je suis d'accord avec Lise Bourbeau qui explique dans Les 5 blessures de l'âme : " Lorsque nous regardons avec compassion la partie de l’humain qui souffre, les évènements, les situations et les personnes changent. "


Je ne veux pas dire que la colère soit une mauvaise chose, ceci me semble dangereux, mais il me semble naturel qu'un enfant apprenne par imitation, et donc s'habitue à se mettre en colère pour régler ses différents s'il nous voit agir ainsi. Pour le recadrer, nous aurons alors toujours plus besoin de nous mettre en colère, et lui sera de plus en plus perturbé, c'est simplement un cercle vicieux. Ma position éducative est une sorte de juste milieu entre travailler sur moi et accepter mes imperfections, pour mieux servir l'évolution harmonieuse de l'enfant.


" Notre premier maître sera donc l’enfant lui-même, ou plutôt, l’élan vital et les lois cosmiques qui le conduisent inconsciemment ; non pas ce que nous appelons « la volonté de l’enfant », mais la mystérieuse volonté qui dirige sa formation. "

Maria Montessori


Lorsque la grande pédagogue Maria Montessori œuvrait à révéler le plein potentiel des enfants, elle pensait que ce potentiel était “déjà là“, qu’il n’y avait rien à faire sinon cultiver la plante selon ses prédispositions. Cela signifie que nous travaillons avec “ce qui est“. Cette matière première, brute, nous la travaillons sans jugement. Nos jugements sont souvent emprunts de croyances sur l’avenir : nous imaginons, souvent malgré nous, que l’enfant devra faire face au mêmes problèmes et situations que nous. Peut-être que ce sera le cas, peut-être pas. Des personnes très cultivés prédisent qu’on devrait s’installer sur Mars, donner des tablettes à tous les enfants, pendant que d’autres prédisent qu’on devrait plutôt planter des arbres et enseigner l'empathie aux enfants. Au final, qui peut savoir comment sera le monde de demain ? Qui aurait imaginé la popularité de Pokémon, de Tesla ou de Tiktok en 1990 ? Et surtout, laisserons-nous d'autres décider à notre place de quoi l'avenir sera fait ? Laisserons-nous d'autres à notre place décider de quoi doit être fait le quotidien de nos enfants ?


J'ai rencontré des groupes d'enfants de 8-12 ans cette semaine au Passeport Vacances, les filles les plus âgées m'ont avoués sans gênes passer des heures à scroller leur téléphone, pour le simple plaisir de scroller. Elles ne regardaient pas les images, n'écoutaient pas les musiques, elles imitaient tout simplement ce que faisaient les plus grands et plus grandes, car c'était "cool". Cela vous révolte ? Souvenez-vous que c'est tout à fait humain de s'inspirer de ce qu'on voit autour de soi et de vouloir le reproduire. Notre génétique le décide à notre place. Le bébé qui entend des cris et des "non" va probablement crier et dire "non", celui qui voit des adultes lire aura probablement envie de lire, et pour ma part, ayant observé ma maman garder des petits chaque jour de mon enfance, j'ai envie de prendre soin des enfants à mon tour.


Ma mère n'a rien fait pour que je choisisse ce métier, je crois même que, si elle peut en ressentir de la fierté, elle ne l'a jamais exprimé en tout cas. Elle a fait ce qui lui semblait juste, et je suis si reconnaissant d'avoir eu une maman disponible, si reconnaissant. Pour moi, être disponible pour l'enfant est donc la norme : c'est le monde dans lequel ma mère m'a invité.


La question est la suivante : dans quel monde voulez-vous inviter vos enfants ?


Pas demain, pas dans 10 ans, mais maintenant ?


Nous sommes incapables de voir ce que le futur nous réserve, et ceux qui disent le faire servent bien souvent des intérêts obscurs. Alors nous devons avoir la foi, et faire de notre mieux. Nous devons donner les meilleures chances et aptitudes à l’enfant, pour qu’il construise la vie qu’il pensera bénéfique, et ce, dans un monde de plus en plus incertain, de plus en plus imprédictible. Il ne faut pas l’oublier. Et si cela vous fait peur et que vous vous demandez comment faire naitre un monde meilleur, un moyen sûr est de vous changer et d’inspirer vos enfants. Cela ne s’apprend pas dans un livre, cela s’apprend en faisant, parfois bien et parfois moins bien, mais en faisant (ma mère est très loin d'être parfaite, elle m'a aussi transmis de nombreuses anxiétés). Être dans l'action est le plus grand art, surtout lorsqu'on s'efforce de donner du sens à nos actions, ce que j'appelle "vivre son ikigai".


Venue du Japon, cette philosophie de vie japonaise, qui signifie " Une vie qui vaut la peine d'être vécue ", nous enseigne que nous pouvons exercer une activité enrichissante et plaisante, qui nous donne le sourire chaque jour et nous permette de subvenir à nos besoins tout au long de notre vie (en effet, dans l’ikigai, l’idée de prendre sa retraite n’existe pas). Nous pourrions, selon ce principe, tous trouver notre ikigai, que ce soit de cultiver un jardin, de vendre des machines à laver, d’être un voyageur bloggeur, une garde forestière, une comique de stand- up, un homme au foyer ou quoi que ce soit, mais à une seule condition : de le chercher. Et comment savoir qu'on l'a trouvé ? Simplement car cela nous met en joie de le faire.


Et c'est pendant l'enfance, pendant que nous avons le temps et l'énergie, que nous pouvons vraiment trouver ce qui nous met en joie. Petit, j'écrivais déjà des histoires, et ma mère m'a appris à taper à la machine, bien avant qu'on possède un ordinateur. J'ai retrouvé ce plaisir adulte, et réalisé que j'avais toujours autant de joie à le faire. J'ai commencé à écrire, publier, et je ne souhaite pas m'arrêter d'écrire et de publier.


C’est pour cela qu’il est terrible d’empêcher un enfant de plonger dans ses intérêts, aussi restreints et futiles soient-ils. Car c'est souvent de nos intérêts d'enfant que naissent nos métiers de coeur. Je me souviens en 2019, lorsque j’étais beau-père, de discuter avec ma partenaire d’alors au sujet de son enfant de 8 ans qui jouait des heures aux toupies, les montant et les démontant, les faisant tourner et détruire sans arrêts. Elle me disait : “Je ne sais pas pourquoi il fait ça, mais il doit y avoir une bonne raison. C’est un peu étrange mais je vois qu’il s’amuse alors laissons la vie faire“. Lorsque j’ai contacté cette ex-copine, bien plus tard, elle m’a raconté que son fils était devenu champion de Rubik’s Cube. De là à voir une carrière dans un domaine technique, il n'y a qu'un pas. Mais peut-être cet enfant voudra être bûcheron, et c'est égal, car ce qui compte n'est pas un parcours linéaire, c'est d'être en lien avec son feu intérieur.


Je pense donc que la meilleure manière de changer le monde, c’est de se changer soi. Cela demande beaucoup d’énergie, de temps, parfois d’argent, et on peut croire cela infini, car ça l’est ! Plus on s’éveille plus on veut s’éveiller ! Plus on s’éveille, plus on est en joie d'être vivant, plus les autres autour de nous s’éveillent. Plus on est épanoui dans notre vie personnelle et professionnelle, plus cela inspire les autres à faire de même, et par ricochet cela inspire nos enfants.


Cela nous engage à être aussi authentiques que possible, digne et vulnérables à la fois, pleinement humains. Et depuis cet état d’humanité, voir nos forces et agir de là. Si on essaye d’imposer certaines valeurs qu’on n’arrive pas à incarner, quel bien cela peut-il faire ? Plus d’injustice, plus de peurs, plus de contrôle, ou plus de paix et de tolérance ? Voici ce qu’en répondait le Mahatma Gandhi : " Ma vie est mon seul enseignement. Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ! Le bonheur, c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles. Dès que quelqu’un comprend qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir. "


Pour ma part, l'action en accord avec mes paroles m'amène à stimuler le plein potentiel des enfants, peu importe que ce soit avec des cartes Pokémon, des activités en nature, ou des dialogues philo. Tout ce qui sert l'épanouissement des enfants, loin des écrans et loin des salles de classes où ils passent déjà beaucoup trop de temps, me semble bénéfique. Aujourd'hui, au vu des températures, des prédictions sur la perte de la biodiversité, de l'évolution incontrôlable des technologies, je crois bien sûr meilleur d'amener les enfants au contact de la nature, et c'est l'objectif de Grandir c'est chouette, mais au fond, tout ce qui permet à l'enfant de se sentir en paix sur cette merveilleuse planète me semble juste. Alors c'est ce que j'ai envie de faire !


Et vous, qu'avez-vous envie de faire ?


Soyez le changement, vous aussi !


Des pédagogues comme John Holt, Celestin Freinet, Alexander S. Neill ou Maria Montessori se sont battus toute leur vie pour essayer de provoquer un changement dans les modèles d’éducation. Holt a popularisé des modèles d’instruction sans école (“unschooling“). Freinet a créé des méthodes d’éducation où l’enfant est l’acteur de son instruction, mettant l’adulte en arrière-plan. Neill a créé un modèle de vie démocratique où les enfants peuvent mener librement leurs jeux et leurs projets sans l’intervention d’un adulte. Montessori a inventé un système où l’enfant peut apprendre à son rythme en manipulant du matériel de qualité.


Alors, et vous, pour quoi avez-vous envie de vous battre ? Quelle cause vous donne des ailes ? Qu'est-ce qui ne fonctionne pas dans le monde actuel que vous brûlez de vouloir transformer ?


Rêvez grand, et emmenez l'enfant dans votre rêve.


"Chaque rêve s’accomplit car le rêve est préparation.

Le petit enfant, lorsqu’il n’est pas encore né,

Lui aussi rêve du jour dans le sein de sa mère.

S’il ne rêvait pas, il ne pourrait pas naître.

Tout ce que vous faites maintenant est acte de rêve.

Que vos rêves soient toujours de plus en plus beaux !"

Dialogue avec l’ange


Pour aller plus loin :


Nicolas Delarose - Juin 2026

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